Hotel ile Saint Louis Paris

février 16, 2008

Ile Saint Louis : balade parisienne historique et romantique autour de l’Hôtel du Jeu de Paume

Filed under: Ile Saint louis : hotels historiques — Paul @ 12:44
Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme – Quatorzième balade  Dans l’Île Saint-Louis
par Michel Ostertag
(extraits des écrits savant, documentés et sympathiques de ce promeneur voyageur érudit)
   – Nous voici, mon cher neveu, pour la dernière fois, dans notre chère île Saint-Louis, à parcourir, cette fois, les petites rues transversales…
– Je pense, mon oncle, que nous allons découvrir des petits trésors historiques de derrière les fagots…
– Comme tu dis, mon neveu ! Nous sommes au début de la rue St-Louis-en-l’Île, à l’entrée de l’hôtel de Lambert, nous pouvons donc commencer par la première rue à notre gauche, la rue de Bretonvilliers qui s’ouvre par un immense porche, vestige du magnifique hôtel de Claude Le Ragois de Bretonvilliers, endroit qui a été évoqué par Tallemant des Réaux en ces termes : « C’est le bâtiment du monde le mieux situé… ». En fait, c’était un palais avec un magnifique jardin en terrasse qui occupait toute la pointe de l’île… Tu imagines, la splendeur que ça devait être ! Il avait été bâti par l’architecte Androuet Du Cerceau, de la célèbre famille d’architectes.

Au n° 3 : Le grand philosophe, historien et critique Hippolyte Taine (1828-1893) habita ici de 1856 à son mariage en 1868. Son appartement se trouvait au 1er étage.
– Il a essayé d’expliquer, se fondant sur un déterminisme strict, les œuvres artistiques ainsi que l’histoire par la triple influence de la race, du milieu géographique et social et l’époque historique à considérer. Par exemple, dans son ouvrage : Les origines de la France contemporaine (1876-1896), il essaya de rechercher les causes de la guerre de 1870 et de la Commune. Il avait succédé à Viollet-le-Duc à la chair d’histoire de l’art à l’école des Beaux-Arts.
– Continuons par la rue Poulletier, qui porte le nom d’un des trois entrepreneurs, avec Christophe Marie et Le Regrattier de la construction de l’île. Cette rue transperce l’île de part en part, en allant du quai d’Anjou au quai de Béthune. Dans cette rue, les numéros pairs et impairs sont fortement décalés.
À l’angle de cette rue et du quai de Béthune, nous retrouvons l’Hôtel Denys Hesselin au n° 24 du quai de Béthune (voir la balade n° 11), avec cette inscription : « Icy s’élevait l’Hôtel Hesselin, prévôt des marchands. Construit en 1642 par Le Vau, architecte du roi. Siège de la Nonciature en 1713. Porte de Hongre. »
Au n° 5, c’est une maison construite par Le Vau qu’il offrit à sa fille, Jeanne, mais en 1763, cette maison fut saisie par le chapitre pour non-paiement du cens. Le cens était une sorte de taxe foncière payable au seigneur.
Au n° 5 bis, maison construite par Le Vau, habitée par le maître d’hôtel du roi. Dans l’écusson au-dessus de la porte d’entrée, on peut lire : « École des Filles de la Charité de la paroisse de Saint-Louis ». C’est d’ici que partaient les sœurs à la cornette amidonnée pour aller soigner et secourir les pauvres de la paroisse. C’est l’œuvre majeure de Saint-Vincent de Paul, représentée dans un film, que tu as dû voir, « Monsieur Vincent », avec Pierre Fresnay… Une plaque précise : Ici le 17 octobre, 1652, St-Vincent de Paul établit les Filles de la charité à St-Louis en l’île.
Il faut dire que dans ces rues transversales, le soleil pointait peu, saleté et misère se côtoyaient et tous ces gens avaient grand besoin de secours.
Au n° 7 : Maison construite par Le Vau père et fils. Aujourd’hui occupée par « La Vigie : Résidence Internationale. »
Au n° 9 : Egalement maison construite par Le Vau père et fils. Cette propriété, en 1671 a été habitée par le cousin germain de Mme de Sévigné. Sous le second Empire, la direction des contributions directes et du cadastre du département de la Seine y avait son siège.
Au n° 10 : Le logement du curé de la paroisse St-Louis en l’île était ici en 1711.
Au n° 20 : École primaire depuis 1894. Portail monumental de style Louis XIV avec un bandeau décoré de deux têtes d’Hercule couvertes d’une peau de lion ; au-dessus se trouve un écusson entouré de palmes dont les armoiries ont disparu. Le portail est classé. Le bâtiment appartenait à l’Hôtel Méliand du quai d’Anjon. Blaise Méliand était procureur général au Parlement.
Au n° 22 : Hôtel Lefevre de la Malmaison, conseiller au Parlement. Il date de 1645.
Ce bâtiment se trouve à l’angle du quai d’Anjou et de la rue Poulletier.
Baudelaire y vécut une année entre 1842 et 1843.
– Ensuite nous avons la rue des Deux-Ponts qui relie, en traversant l’île de part en part, le pont de la Tournelle et le pont Marie ; de plus, cette rue coupe l’île en deux parts égales.
L’auteur du Paysan perverti ou les dangers de la ville, Restif de la Bretonne (1734-1806) habita cette rue. La rue fut élargie en 1930 et toutes les anciennes maisons de numéro pair ont disparu.
Au n° 8 : Bains-douches municipaux. À l’époque d’avant-guerre les tarifs étaient : Plein tarif 0,75. Familles nombreuses : 0,40 F. Militaires : 0,10 F.
Aux n° 10 et 12 : Fondation Fernand Halphen datant de 1926. Sur une plaque on peut lire : À la mémoire des 112 habitants de cette maison dont 40 petits enfants déportés et morts dans les camps Allemands en 1942.
Au n° 21 : Restaurant de viande et poisson « L’îlot vache » dont les vitrines sont remplies de nombreuses figurines bovines.
Au n° 27 : « Pom’Cannelle ». Ici, on déguste les glaces de la maison Berthillon.
– Revenons dans la rue principale pour prendre sur notre gauche, la Rue Budé. Concernant l’origine de cette rue, il y a une anomalie : en effet, le propriétaire du terrain où fut construite la rue avait pour nom Michel Guillaume. On donna son nom à cette rue et cela jusqu’en 1807, date à laquelle on ajouta Budé, nom du célèbre philologue, créateur du Collège de France… Peu après, on supprima la première partie du nom pour ne laisser subsister que Budé, ce qui ne veut strictement rien dire, car l’homme célèbre n’est en aucune façon lié à ce quartier, tandis que l’ancien propriétaire a disparu !
Au n° 1 : Maison natale de Félix d’Arvers, auteur du fameux sonnet. Une plaque en relief montre le poète en buste.
–Tu te souviens du fameux sonnet ? « Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,/ Un amour éternel en un moment conçu : /Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire, /Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su. »
Au n° 9 : Le poète Hongrois Gyula Illyés (1902-1983) a vécu dans cette maison de 1922 à 1926.
– Revenons dans la rue principale pour aller dans la rue Le Regrattier. Cette rue, elle aussi, va d’un bord à l’autre de l’île.
Au n° 1, souvenir de Louis Aragon avec son personnage Aurélien : ici, il rencontrera son grand amour dans le roman « Blanche ou l’oubli ».
Au n° 6 : Maison habitée par Coffinhal depuis 1789 jusqu’à sa mort. Il était procureur au Châtelet avant 1789. Fanatique exalté sous la Révolution, il fut vice-président au Tribunal révolutionnaire à partir de 1793. C’est lui qui aurait décrété, en envoyant Lavoisier à l’échafaud, que la Révolution n’avait pas besoin de savant. Compromis lors de la chute de Robespierre, il se cacha cinq jours et cinq nuits dans les roseaux de l’Ile aux Cygnes. Il fut envoyé à l’échafaud le 18 novembre 1794.
Baudelaire, alors âgé de 22 ans, meubla, en 1843, un petit logement à cette adresse, pour sa maîtresse Jeanne Duval, dite la « Vénus noire ».
Au n° 22 : Maison où naquit Jules Basile, dit Jules Guesde, le 11 novembre 1845. Jules Guesde était un homme politique (1845-1922). En 1879, il introduisit les thèses marxistes au sein du mouvement ouvrier français. Convaincu que la révolution était inévitable, il s’opposa à Jean Jaurès dans la mesure où ce dernier acceptait la collaboration avec les partis bourgeois. Député à partir de 1893. Il accepta, malgré ses idées, un poste de ministre d’Etat de 1914 à 1916.
À l’angle de cette rue et du quai de Bourbon, il y a une statue de Saint-Nicolas « patron des mariniers », statue qui fut décapitée sous la Révolution.
– Sur notre gauche, une fois revenus dans la rue principale, prenons la Rue Boutarel. C’était le nom du propriétaire du terrain, capitaine de la Garde nationale du quartier et teinturier de son état.
Au n° 1, il est indiqué, gravé dans la pierre, que le peintre, graveur et illustrateur André Dignimont a vécu ici de 1927 à sa mort en 1965.
Au n° 3, habita pendant trente ans, Jean Wallon. Il y mourut en 1882. On le trouve dans le personnage de Colline dans le roman de Murger, La Vie de Bohème.
– Et pour terminer notre balade luduvicienne, (tu vois, j’ai retenu ma leçon !) je t’invite à boire un verre dans un de ces bistrots de la rue Jérôme du Bellay.
– Et dans cette rue, que peut-on dire ?
– Rien ! Tu vois que ça existe des rues où il n’y a rien à dire !
– Enfin, une rue où rien ne s’est passé ! Buvons à cela, mon oncle ! Et à nos prochaines découvertes…
– Oui, et comme promis à la dernière balade, nous prendrons la direction de la place de la Bastille…
– Au son du canon ! J’ai hâte de faire vibrer ma corde patriotique !
• Sources :
En plus de mes travaux personnels, j’ai utilisé les ouvrages suivants :
. « Dictionnaire historique des rues de Paris  » de Jacques Hillairet.
. Encyclopédies et dictionnaires divers.
. Le Promeneur de Paris. 10 Promenades de la Rive gauche. Paris musées/ACTES SUD.
Sous la direction de Jérôme Godeau.
Voir le site de Michel Ostertag
Voir le site de l’Hotel du Jeu de Paume

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